La plupart des listes de prompts sont inutilisables. Elles proposent des formules du type " Agis comme un expert marketing de renommée mondiale " qui produisent du texte creux, générique, immédiatement reconnaissable, et qu'il faut réécrire entièrement.
Le problème n'est pas l'outil. C'est que ces prompts ne contiennent aucune information que l'IA ne possède pas déjà. Un prompt utile fait l'inverse : il apporte votre contexte, vos contraintes et votre matière première, et il demande une transformation précise.
Les dix prompts ci-dessous suivent tous cette logique. Ils sont donnés avec leur structure, pour que vous puissiez en fabriquer d'autres plutôt que de recopier ceux-là indéfiniment.
La structure commune
Un prompt qui fonctionne contient quatre éléments :
- Le contexte - qui vous êtes, pour qui, dans quelle situation.
- La matière - les notes, le brief, l'email brut. C'est la partie la plus importante et celle qu'on oublie le plus.
- La tâche - une transformation précise, pas une demande vague.
- Les contraintes - longueur, ton, format, et surtout ce qu'il ne faut pas faire.
Retenez la règle : si votre prompt tient en une ligne, le résultat sera générique. Si votre prompt contient vos notes brutes, le résultat sera exploitable.
1. Transformer des notes de réunion en compte-rendu client
Voici mes notes brutes prises pendant un rendez-vous client. Elles sont désordonnées et en style télégraphique.
[COLLER LES NOTES]
Rédige un compte-rendu structuré à envoyer au client, en quatre parties : ce qui a été décidé, ce qui reste à trancher, ce que j'attends de lui avec les échéances, et ce que je fais de mon côté.
Contraintes : ton professionnel mais direct, pas de formules de politesse longues, maximum 400 mots. N'invente aucune information absente de mes notes - si un point est ambigu, mets-le dans " à trancher " plutôt que de le supposer.
Pourquoi ça marche : la dernière contrainte est la plus importante. Sans elle, l'IA comble les trous par des plausibilités, et vous envoyez au client des décisions qu'il n'a jamais prises.
Gain réel : 30 à 40 minutes par réunion.
2. Extraire un cahier des charges d'un brief confus
Voici la description d'un projet, telle que le client me l'a envoyée. Elle est incomplète et mélange les niveaux.
[COLLER LE BRIEF]
Fais trois choses :
1. Reformule le besoin réel en cinq lignes maximum.
2. Liste les fonctionnalités explicitement demandées, en séparant celles qui sont indispensables de celles qui sont optionnelles.
3. Liste les questions que je dois poser avant de chiffrer - uniquement celles dont la réponse change le prix ou le délai.
Pourquoi ça marche : le point 3 est le vrai gain. Il transforme un brief flou en liste de questions actionnables, ce qui est exactement le travail de cadrage qui protège une mission.
3. Rédiger une proposition commerciale à partir de votre méthode
Contexte : je suis [métier] et je travaille avec [type de clients]. Ma méthode se déroule en trois temps : [décrire vos étapes].
Le client : [secteur, taille, problème identifié, ce qu'il a dit vouloir].
Rédige la partie " approche proposée " d'une proposition commerciale. Structure : le problème tel que je l'ai compris, ce que je propose, comment ça se déroule, ce qui est inclus et ce qui ne l'est pas.
Contraintes : pas de superlatifs, pas de " solution sur mesure " ni de " accompagnement personnalisé ". Chaque affirmation doit être concrète et vérifiable. 600 mots maximum.
Pourquoi ça marche : l'interdiction explicite du vocabulaire creux est ce qui distingue une propale lisible d'un texte d'agence interchangeable.
4. Préparer les questions d'un premier rendez-vous
Je rencontre demain [type d'entreprise, secteur, taille]. Le sujet annoncé est [sujet].
Prépare-moi une liste de questions à poser, classées en trois groupes : celles qui qualifient le budget et la décision, celles qui cadrent le périmètre technique, celles qui révèlent les risques du projet.
Pour chaque question, indique en une ligne pourquoi elle est utile et ce qu'une mauvaise réponse doit m'alerter.
Pourquoi ça marche : la deuxième partie de la demande transforme une liste de questions en grille de lecture. C'est ce qui vous évite d'accepter un projet mal cadré.
5. Reformuler une réponse difficile
Un client m'a envoyé ce message :
[COLLER LE MESSAGE]
Voici ce que je veux lui dire, écrit à chaud et probablement trop sec :
[COLLER VOTRE BROUILLON]
Réécris ma réponse pour qu'elle reste ferme sur le fond mais professionnelle sur la forme. Je ne veux céder sur aucun des points de fond. Propose-moi deux versions : une diplomate, une plus directe.
Pourquoi ça marche : vous gardez la décision, l'IA ne travaille que la formulation. C'est le bon partage des rôles - et les deux versions vous laissent le choix du registre.
6. Chiffrer en décomposant
Projet : [description en cinq lignes].
Décompose ce projet en lots de travail, du plus au moins prévisible. Pour chaque lot, indique une fourchette d'heures et les hypothèses qui la sous-tendent.
Signale séparément les postes où le risque de dérapage est élevé et pourquoi.
Ne calcule pas de prix final : je veux la décomposition et les hypothèses, je fixe le tarif moi-même.
Pourquoi ça marche : la dernière ligne est essentielle. L'IA n'a aucune idée de votre marché ni de votre positionnement - lui faire fixer un prix produit des chiffres arbitraires. En revanche, elle est excellente pour n'oublier aucun lot.
7. Écrire la relance que vous repoussez depuis dix jours
Contexte : j'ai envoyé un devis à [type de client] le [date], pour [projet]. Aucune réponse depuis [X] jours. Notre dernier échange portait sur [sujet].
Élément nouveau que je peux apporter : [exemple, chiffre, ressource].
Rédige une relance courte qui s'appuie sur cet élément nouveau, ouvre explicitement la discussion sur le périmètre ou le budget, et se termine par une question fermée.
Interdits : " je me permets de revenir vers vous ", " sauf erreur de ma part ", toute formule qui s'excuse d'écrire.
Pourquoi ça marche : la liste d'interdits élimine précisément les formules qui rendent une relance faible.
8. Traduire du technique en langage client
Voici une explication technique que je dois faire comprendre à un client non technique :
[COLLER L'EXPLICATION]
Réécris-la pour un dirigeant de PME qui n'a aucune culture technique. Utilise une analogie concrète, explique la conséquence business avant le mécanisme, et termine par ce que ça implique comme décision pour lui.
Ne simplifie pas au point d'être faux. Si un point ne peut pas être vulgarisé sans devenir inexact, dis-le.
Pourquoi ça marche : la dernière contrainte évite les analogies séduisantes mais fausses, qui se retournent contre vous en réunion.
9. Auditer votre propre texte avant envoi
Voici une proposition commerciale que je m'apprête à envoyer :
[COLLER LE TEXTE]
Ne la réécris pas. Fais-en la critique en te mettant à la place du client : quelles phrases sont creuses ou interchangeables, quels engagements sont flous au point d'être risqués pour moi, quelles objections ce texte laisse sans réponse, qu'est-ce qui manque pour décider.
Pourquoi ça marche : demander une critique plutôt qu'une réécriture donne un résultat bien plus utile, parce que vous gardez votre voix et corrigez uniquement les vrais défauts.
10. Préparer un point de suivi mensuel
Client : [nom, secteur]. Contrat de suivi : [périmètre].
Voici ce que j'ai fait ce mois-ci, en vrac :
[COLLER VOS NOTES ET INTERVENTIONS]
Voici les chiffres du mois : [données].
Rédige le rapport mensuel : ce qui a été fait et pourquoi, ce que disent les chiffres, ce que je recommande pour le mois prochain avec un ordre de priorité.
Maximum 500 mots. Le client doit pouvoir le lire en trois minutes et comprendre ce qu'il paie.
Pourquoi ça marche : c'est le prompt qui rentabilise le mieux un contrat récurrent - le rapport mensuel est souvent ce qui fait résilier ou reconduire, et c'est aussi la tâche que les freelances repoussent le plus.
Comment fabriquer les vôtres
Prenez la tâche qui vous coûte le plus de temps ce mois-ci, et posez-vous quatre questions :
- Quelle matière brute puis-je fournir ? Notes, emails, données. Sans matière, pas de résultat spécifique.
- Quelle transformation exacte je demande ? " Améliore " ne veut rien dire. " Réorganise en quatre parties " oui.
- Qu'est-ce que je ne veux surtout pas ? La liste d'interdits améliore le résultat plus que n'importe quelle instruction positive.
- Qu'est-ce que je garde pour moi ? Le prix, la décision, l'engagement contractuel. Ces choses-là ne se délèguent pas.
Ce qui ne doit jamais être délégué
Un point important, et il concerne autant la qualité que le risque.
Ne laissez pas l'IA fixer vos prix, prendre un engagement contractuel, inventer une référence client, ou produire un texte que vous enverriez sans le relire intégralement. Le gain de temps disparaît instantanément le jour où vous envoyez à un client une donnée inventée ou un engagement que vous ne pouvez pas tenir.
La règle qui tient : l'IA prépare, vous décidez. Tout ce qui vous engage passe par votre relecture, sans exception.